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Chaque iris est unique au monde

La partie colorée de l’œil, grâce à ses nuances et à sa texture, est une marque distincte de notre identité physique. Sa teinte résulte de mécanismes divers, complexes et encore méconnus.

Au-delà de ses accents poétiques et impalpables, le mystère d’un regard résulte d’une combinaison de facteurs génétiques, chimiques et structurels extrêmement complexes. Classiquement décrite en termes de bleue, verte ou brune, la couleur des yeux est déterminée par l’iris. Les nuances de couleurs et de textures de l’œil sont en réalité infinies, et constituent ainsi une véritable carte d’identité de l’individu. Chaque iris – même chez les jumeaux – est unique au monde.

L’iris est une membrane circulaire traversée en son centre par la pupille, et constituée de plusieurs couches dont le stroma et l’épithélium. Il délimite deux espaces de l’œil: la chambre antérieure qui s’étend jusqu’à la cornée, et la chambre postérieure qui s’étend jusqu’au cristallin. Grâce à ses muscles, l’iris sert à régler la quantité de lumière qui pénètre à l’intérieur de l’œil, comme le fait le diaphragme dans un appareil photo. Lorsque la lumière est forte, la pupille se resserre grâce au sphincter, lorsqu’elle est faible, elle se dilate grâce au muscle dilatateur.

L’iris se constitue dans la vie intra-utérine, entre le troisième et le huitième mois. Parce que l’iris du nourrisson n’est pas complètement développé à la naissance, il faut attendre que l’enfant ait entre 6 mois et 1 an pour que la couleur définitive de ses yeux apparaisse.

La génétique, mais pas que

La couleur des yeux est déterminée en grande partie génétiquement. La transmission de cette caractéristique est dominée par un gène majeur – le gène OCA2 – c’est pourquoi il est possible de faire des hypothèses quant à la couleur des yeux d’un enfant. Il y a de fortes chances en effet pour qu’un enfant ait les yeux bruns si l’un de ses deux parents a les yeux bruns. «Mais ce type de prédiction a ses limites, dans la mesure où d’autres gènes que le gène OCA2 sont impliqués dans la transmission de la couleur des yeux (transmission polygénique). Pour ce qui est des yeux verts par exemple, on observe une variante sur le gène OCA2», explique le professeur Francis Munier, responsable de l’unité d’oculogénétique de l’Hôpital Jules Gonin à Lausanne.

Mais d’autres phénomènes jouent un rôle. Si le bleu est la couleur naturelle de l’iris, sa teinte varie en fonction de la quantité de mélanine (un pigment brun-noir qui donne sa couleur à la peau et aux cheveux) présente dans sa couche antérieure. Les pigments de mélanine sont contenus dans des cellules appelées mélanocytes. Pour faire simple, dans les yeux bruns, une grande quantité de mélanine est présente dans les mélanocytes, et dans les yeux bleus une quantité moindre. La couleur bleue n’est pas déterminée par un pigment, mais par un mécanisme optique: les courtes longueurs d’onde (qui sont bleues) de la lumière sont nettement plus diffusées que les longueurs d’ondes rouges par la structure fine des fibres de l’iris. A l’inverse, lorsque l’iris a une forte densité de pigments de mélanine, la lumière incidente est peu réfléchie et il prend la couleur des pigments de mélanine.

Il n’y a pas que la densité de mélanine qui a son importance, mais aussi sa qualité, complète le Dr Alexandre Moulin, responsable du laboratoire de pathologie oculaire de l’Hôpital Jules Gonin: «Il en existe deux types: l’eumélanine (de couleur brune-noire) et la phéomélamine (rouge à jaune). Dans les yeux bleus, la quantité de phéomélanine est légèrement plus importante que dans les yeux bruns. Mais la spécificité d’un regard tient aussi de la structure même de l’iris, composé de milliers de fibres de collagène disposées en rayon autour de la pupille. L’enchevêtrement de ces cryptes dépend d’une structure tissulaire locale unique et propre à chaque œil. La texture de l’iris demeure stable avec le temps, ce qui n’est pas forcément le cas de sa couleur. Le vieillissement peut le ternir, mais ce sont surtout des pathologies qui peuvent modifier sa couleur.»

Quand la couleur change

La coloration différente des deux iris chez une même personne a un nom: l’hétérochromie (ou yeux vairons). Elle peut être d’origine inflammatoire, traumatique, tumorale, neurologique, toxique ou génétique. Dans l’hétérochromie de Fuchs par exemple, c’est une inflammation qui conduit à la destruction progressive des mélanocytes et rend l’iris plus pâle. Cette maladie apparaît généralement chez le jeune adulte et peut conduire à une perte de l’acuité visuelle (par cataracte).

Autre exemple: l’infection de l’œil par le virus de l’herpès. «Elle entraîne une perte de pigmentation et rend l’iris transparent», illustre le Dr Yan Guex-Crosier, responsable de l’unité d’immuno-infectiologie oculaire de l’Hôpital ophtalmique. Dans le cas de la mélanocytose, on assiste à l’inverse à une augmentation massive des cellules pigmentées. L’œil devient beaucoup plus noir et perd de son relief. Autre cause d’yeux vairons: lors de certains traumatisme de l’œil, «le choc provoque une fibrose qui décolore l’iris et fixe la pupille», explique le Dr Guex-Crosier. L’aspect de l’iris peut également être modifié par un nevus (tumeur bénigne) ou des nodules.

Par ailleurs, les médicaments peuvent altérer sa couleur, mais dans ce cas les deux yeux sont atteints. C’est ainsi que certains antibiotiques pâlissent l’iris tandis que les prostaglandines (médicaments contre le glaucome) l’assombrissent. De manière parfois plus radicale, enfin, des phénomènes génétiques peuvent aussi entraîner des yeux vairons: syndrome de Waardenburg, albinisme, trisomie 21, etc. Souvent, les atteintes à l’iris sont irréversibles. Dans certains cas néanmoins, la pose d’un iris artificiel est possible, créant ainsi l’opportunité unique de pouvoir choisir la couleur de ses yeux. (Le Matin)

Un moyen biométrique d’identification hors pair

La probabilité de trouver deux personnes aux iris identiques est quasi impossible, si bien que les entreprises de biométrie ont développé des technologies de reconnaissance de personnes par l’iris.

«Grâce à sa structure et à son réseau complexe de fibres, l’iris concentre un nombre d’informations beaucoup plus important que l’empreinte digitale et qui sont stables dans le temps», explique le professeur Christian Lovis aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). «Les mains peuvent être abîmées et les lignes sur la peau devenir illisibles. Grâce à l’iris, l’identification reste possible», complète le Dr Sébastien Marcel, directeur du Centre de biométrie à l’Institut de recherche Idiap, à Martigny (VS).

La photographie de l’iris de même que son identification se font à distance et ne laissent aucune trace. Les applications de ces technologies sont et seront multiples, allant du contrôle des frontières, comme le font déjà les Emirats arabes, à des services quotidiens pour la population (retrait d’argent, par exemple), comme le développe en Inde un projet gigantesque. Les secteurs militaire, bancaire, humanitaire et sans doute médical pourraient aussi s’y intéresser de près.

Source : http://www.lematin.ch - Elodie Lavigne en collaboration avec www.planetesante.ch

   
   
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