Article extrait de Transactions Électroniques N°4 - Octobre 2007
La lettre mensuelle sur les techniques et les applications des transactions électroniques sécurisées
Où va le marché de la biométrie ?
« Tout d’abord, je crois qu’il faut distinguer au moins deux grands acteurs : les prescripteurs de la biométrie et les organisations en charge des libertés individuelles », analyse Bernard DIDIER de Sagem. Pour les premiers, les trois dernières années ont été marquées par la mise en place d’un système de biométrie par l’Etat français représenté par le ministère de l’Intérieur. Sous l’impulsion de Philippe Melchior, le ministère a lancé des opérations et mis en place de systèmes qui font qu’aujourd’hui la France est considérée comme une référence mondiale sur un certain nombre de sujets. Citons, notamment, la gestion des visa biométriques et les passeports biométriques. Ceci est à mettre au crédit des actions menées par le ministère de l’Intérieur au cours de ces trois dernières années. C’est à souligner parce que, quelques années en arrière, la France ne pouvait afficher d’opérations de cette envergure.
Il faut souligner aussi la création de l’Agence Nationale des Titres. Elle va assurer un bon prolongement de ces premières initiatives.
Enfin, il faut citer l’application Pegase, un système de contrôle d’accès des passagers, dû à l’initiative d’Air France. En prolongement de cette application et dans le but de gérer le passage aux frontières, l’État et les Aéroports de Paris, qui fourniront l’infrastructure logistique de ces passages : c’est le projet « Parafe
». Avec cette réalisation et compte tenu de sa généralisation, la France sera équipée d’un système complet de gestion de ses frontières, de la délivrance des visas gérée par le ministère des Affaires étrangères jusqu’au contrôle à l’arrivée par un système automatique. Le système Parafe commencera à être installé dans le courant de l’année prochaine.
Ainsi, dans le secteur des marchés d’État, la France a récupéré son retard dans les installations de systèmes de contrôle biométrique jusqu’à devenir une référence internationale.
Et du côté des entreprises ?
L’an dernier, la CNIL a simplifié ses positions. Auparavant, l’organisme chargé de la protection des données personnelles, considérait que les informations devaient rester sous le contrôle exclusif et constant de chaque individu. Ce qui empêchait le stockage de ces informations biométriques dans un ordinateur central. Ainsi, le contrôle d’accès par un procédé biométrique ne pouvait être mis en place que dans le cas où la matrice de l’empreinte était stockée dans un objet porté par l’individu, par exemple, une carte à puce. Lorsqu’une entreprise souhaitait mettre en place un système de contrôle par biométrie, il fallait qu’elle obtienne l’autorisation de la CNIL, ce qui demandait un certain délai. Ce qui change est, que désormais toute installation devra faire l’objet d’une déclaration et non plus d’une demande d’autorisation. La simplification est évidente et va faciliter la mise en place de systèmes de contrôle biométrique, tout en restant contrôlé par la CNIL.
En revanche, la CNIL reste toujours réfractaire à l’utilisation de l’empreinte digitale pour la gestion des temps de présence.
Qu’en est-il de l’usage des fichiers biométriques anonymes ?
Le principe consistant à autoriser l’identification biométrique que dans la mesure où le modèle (template) de l’empreinte digitale soit stocké dans la puce, limite singulièrement l’intérêt de la biométrie. Cette dernière pouvant remplacer la carte à puce dans le domaine de l’identification. Comme c’est le cas en Allemagne, en Grande- Bretagne et aux États-Unis où les consommateurs peuvent régler leurs achats en apposant leur doigt sur un lecteur biométrique.
On peut envisager pour contrôler l’accès à des locaux où à des ressources, de stocker les empreintes digitales du personnel dans le boîtier de contrôle. L’anonymat serait assuré dans la mesure où l’information dans le boîtier ne porterait pas sur l’identité de la personne. C’est ce qu’on appelle un fichier biométrique anonyme. Lorsque la personne se présente au contrôle, le boîtier vérifie simplement si cette empreinte digitale figure parmi les empreintes enregistrées préalablement et autorisées à pénétrer dans le local. Dans ce cas, et paradoxalement, l’importance du nombre d’empreintes stockées augmente l’anonymat.
Récemment, le Comité d’éthique a donné son avis sur la biométrie. Comme on pouvait s’y attendre, la position est timorée et, contrairement à la CNIL, n’est pas énoncée par des professionnels de la biométrie.
Pendant ce temps, les autres pays avancent dans tous les domaines d’application des techniques d’identitification biométrique, donnant ainsi un réel avantage à leur industrie nationale
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