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L’Afrique investit 1 milliard de dollars dans des systèmes d’identité biométrique

La course effrénée de l’Afrique vers la numérisation de l’identité, un marché estimé à plus d’un milliard de dollars en contrats d’implémentation, se heurte à un mur de réalité sociale. Selon un rapport accablant publié cette semaine par l’African Digital Rights Network (ADRN), ces systèmes, censés moderniser l’État, finissent par priver des millions de citoyens vulnérables de leurs droits les plus fondamentaux.

L’étude, coordonnée par l’Institute of Development Studies (IDS), analyse la situation dans dix économies clés, dont le Nigeria, le Kenya, le Sénégal et l’Afrique du Sud. Elle révèle un paradoxe coûteux : alors que les gouvernements et les bailleurs de fonds (tels que la Banque Mondiale) injectent des capitaux massifs pour déployer ces infrastructures, l’absence de garde-fous transforme ces outils d’inclusion en vecteurs d’exclusion systémique.

Le rapport, intitulé « Biometric Digital-ID in Africa: Progress and Challenges to Date », souligne que l’accès à la santé, à l’éducation, au vote et aux aides sociales est de plus en plus conditionné par l’enrôlement biométrique.

Pour les populations en marge – zones rurales sans électricité, personnes handicapées ou citoyens incapables de s’offrir un smartphone – cette conditionnalité équivaut à une mort civile.

« Bien que certains bénéficient de la commodité de ces systèmes, ils verrouillent l’accès pour des millions d’autres », explique Dr. Tony Roberts, chercheur à l’IDS. Il cite des cas où des personnes malvoyantes doivent payer des tiers simplement pour naviguer sur les interfaces biométriques nécessaires pour toucher leurs allocations de survie.

D’un point de vue financier, le déploiement de ces systèmes représente une manne pour les entreprises technologiques étrangères et les consultants. Le coût cumulé des projets dépasse le milliard de dollars à l’échelle continentale. À eux seuls, l’Éthiopie et le Nigeria ont bénéficié de prêts de la Banque Mondiale totalisant près de 780 millions de dollars pour leurs programmes d’identité (ID4D).

Cependant, le rapport met en garde les investisseurs et les décideurs politiques : ces projets comportent des risques opérationnels et réputationnels majeurs.

  • Failles de sécurité : Gbenga Sesan, directeur exécutif de Paradigm Initiative, pointe du doigt des « violations massives de données ». Dans plusieurs juridictions, les bases de données biométriques ont été détournées à des fins de surveillance politique, ciblant opposants et critiques pacifiques.
  • Résistance civile : Le manque de confiance du public a déjà provoqué des manifestations et des retards de déploiement dans plusieurs pays, transformant des actifs technologiques coûteux en « éléphants blancs » potentiels.

L’analyse des dix études de cas (incluant le Botswana, la RDC, l’Égypte et le Maroc) montre que la technologie précède souvent la loi. Les cadres juridiques de protection des données sont soit inexistants, soit inapplicables face à la puissance de l’État ou des prestataires privés.

Le rapport conclut que pour éviter une crise sociale majeure, les gouvernements africains doivent impérativement inverser leur approche : cesser d’imposer des systèmes « top-down » (du haut vers le bas) et instaurer des législations robustes avant tout déploiement technique.

Source : https://afriqueitnews.com