Empreintes digitales - Forme de la main - Visage - Iris - Rétine - Réseau veineux - Analyse comportementale - Voix - Signature dynamique - Frappe au clavier - Démarche ...

Les rides des doigts fripés dans l'eau

Tout a commencé par une question simple, posée par un étudiant : « Les rides qui apparaissent sur les doigts dans l’eau se forment-elles toujours de la même manière ? ». Cette interrogation a mené à une découverte scientifique surprenante.

Doigts fripés après plusieurs minutes passées dans l'eau.
Doigts fripés après plusieurs minutes passées dans l'eau.b Brenderous - CC BY 2.0

Vous pensiez que les rides qui apparaissent sur vos doigts après un bain étaient juste un hasard ? En réalité, elles suivent un schéma bien précis, propre à chacun.

Une équipe de chercheurs du département biomédical de l'université de Binghamton, à New York, vient de découvrir que ces motifs sont toujours les mêmes, presque comme une signature biologique. Et cette découverte pourrait bien trouver sa place dans la biométrie du futur.

Les rides d’eau suivent un schéma unique… et stable

L'étude publiée en mai 2025 dans Journal of the Mechanical Behavior of Biomedical Materials dévoile que les rides qui se forment sur nos doigts après une immersion prolongée dans l'eau ne sont pas aléatoires. 

Et contrairement à ce que l'on pensait, ce ne sont pas les cellules de la peau qui gonflent, mais les vaisseaux sanguins sous-cutanés qui se contractent. Résultat : des boucles et des crêtes qui reviennent toujours exactement au même endroit même après deux immersions de 30 minutes dans l'eau, réalisées à 24 heures d'intervalle.

Des plis causés par les vaisseaux sanguins

Longtemps, l’origine des doigts fripés a été attribuée à un simple gonflement de la peau avec l’eau. Mais dans les années 1930, les scientifiques ont remarqué que le phénomène ne se produit pas chez les personnes ayant une lésion nerveuse dans les doigts. Ils en ont déduit que ces rides "post-baignades" sont contrôlées par notre système nerveux. On sait désormais que la peau se ride à partir d’un certain temps dans l’eau via un mécanisme appelé vasoconstriction. Il s’agit de la contraction des petits vaisseaux sanguins sous la peau. Lorsque que l’on se baigne plus de quelques minutes, les canaux servant à la transpiration s'ouvrent, et l'eau pénètre dans la peau.

Cet apport d'eau diminue la teneur en sel de la peau. Le système nerveux réagit en envoyant un signal de contraction aux vaisseaux sanguins, afin de limiter les pertes en sel. L'afflux sanguin diminue, c'est pour cette raison que les doigts et les orteils sont plus pâles. Le volume des doigts réduit mais la peau garde la même taille, par conséquent elle se plisse. En cas de lésion nerveuse, le message de constriction n’est pas reçu, les plis n’apparaissent pas. Mais une fois l’origine des plis élucidée, une autre question se pose : le motif formé par les plis est-il toujours le même ? Pour Rachel Laytin et Guy German, chercheurs du département biomédical de l’université de Binghamton (États-Unis), il est à chaque fois identique.

Toujours le même motif

Le dispositif expérimental de Rachel Laydin et Guy German est simple. Ils ont demandé à trois participants de plonger leur main droite dans de l’eau chaude à 40°C pendant une demi-heure. Les cinq doigts sont photographiés immédiatement après. La peau retrouve son état initial et la même opération est répétée 24 heures plus tard. Pour comparer les plis, les scientifiques ont eu recours à de l’analyse vectorielle.

Doigt plissé après 30 minutes dans l’eau (à gauche) puis après une nouvelle immersion 24 heures plus tard (à droite) : les rides sont les mêmes. Crédits : Guy German
Doigt plissé après 30 minutes dans l’eau (à gauche) puis après une nouvelle immersion 24 heures plus tard (à droite) : les rides sont les mêmes. Crédits : Guy German

Le principe consiste à transformer les rides photographiées en courbes géométriques, puis les découper en vecteurs, qui décrivent la direction locale de chaque ride. Chaque doigt est ainsi associé à des centaines de petits vecteurs. Il suffit alors de comparer  les vecteurs des photos prises à 24 heures d’intervalle en leur attribuant un score de similitude. Plus ce dernier est proche de 1, plus les vecteurs sont orientés dans la même direction et donc identiques. En moyenne, les chercheurs trouvent un score de 0,94 avec leurs photos contre 0,21 en prenant des vecteurs orientés au hasard. Cela indique que pour chaque doigt, le motif des plis est très similaire entre les photos prises à une journée d’intervalle. “La position des vaisseaux sanguins ne change pas beaucoup, détaille Guy German dans un communiqué. Cela signifie que les plis devraient se former de la même manière, et nous avons prouvé que c’est ce qu’ils font.”

Des résultats à consolider

Néanmoins, avec seulement trois participants, l'étude devra être confirmée sur un échantillon plus large et diversifié. Et surtout, il faudra s’assurer que le motif des plis reste identique dans la durée. “L’étude montre seulement que pour un doigt donné, la répétabilité du motif après 24 heures est élevée, explique Tom Smulders à Sciences et Avenir, chercheur à l’Université de Newcastle qui a mené des recherches sur la fonction des plis des doigts en 2013. Nous ne savons pas s'il existe une dérive des motifs de rides au fil du temps, et les similitudes trouvées à 24 heures d’écart pourraient être bien inférieures au bout d’un an.

Ainsi, à la manière des prix Ig Nobel, cette découverte “prête à faire rire, puis à réfléchir.” Si elle est avérée, elle pourrait avoir des applications concrètes en aidant la police scientifique dans l’identification des corps noyés ou la reconnaissance des empreintes digitales. Elle pourrait aussi avoir une utilité en biométrie. “Dans de nombreux cas, les doigts sont mouillés, par exemple pour utiliser un téléphone sous la pluie, conclut Nick Davis, neuroscientifique à l'Université métropolitaine de Manchester qui a réalisé une étude sur les rides des doigts mouillés en 2021. Ces résultats indiquent que les plis des doigts pourraient être un paramètre fiable pour les systèmes biométriques.”  De quoi porter un regard nouveau sur les doigts fripés lors du prochain bain. 

Une signature biologique aux applications inattendues

On peut imaginer que cette découverte, menée par Guy German et Rachel Laytin, ouvre la voie à des applications inattendues telles que l'identification de corps après une exposition prolongée dans l'eau, la prise d’empreintes digitales sur les scènes de crime ou encore le diagnostic de lésions nerveuses, les rides ne se formant pas en cas de nerf médian endommagé.

Une preuve de plus que notre corps porte en lui des signatures invisibles... jusqu'à ce que la science les déchiffre.

Source : https://www.futura-sciences.com - https://www.sciencesetavenir.fr