Vérifier l'âge des internautes grâce aux mouvements de la main
La France veut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès la rentrée. Si la reconnaissance faciale est déjà généralisée, Needemand propose une autre solution de vérification de l'âge protégeant l'anonymat de l'internaute.
"Est-il est normal de donner son identité ou montrer son visage pour visiter un site web ?", s'interroge Driss Benchakroune, dirigeant de la start-up Needemand, basée à Montpellier et à l'origine d'une nouvelle technologie de vérification de l'âge des internautes. Si la reconnaissance faciale s'est démocratisée pour accéder à des sites interdits aux mineurs, cette technologie française, baptisée "BorderAge" et utilisant l'intelligence artificielle, repose plutôt sur les micro-variations de la main.
Commercialisée depuis novembre 2025, après neuf ans de recherches, elle est utilisée désormais dans 120 pays, pour des sites à caractère pornographique mais aussi des sites de paris en ligne, de vente d'alcool, de tabac ou de vapoteuses. "Pendant l'adolescence, et en particulier jusqu'à vos 25 ans, vous avez des variations hormonales qui font changer votre système nerveux, et nous arrivons à lire ces variations qui agissent sur le mouvement de la main", résume Driss Benchakroune.
Ces micromouvements de la main s'expliquent, selon l'entrepreneur, par une phase d'apprentissage durant laquelle le cerveau se construit.
Une marge d'erreur plus faible que la reconnaissance faciale
À l'inverse, en vieillissant, le cerveau fait en sorte que les mouvements soient davantage homogènes, dans une logique "d'économie d'énergie". Ces "sous-variations dans le mouvement" sont plus marquées chez les jeunes personnes et permettent de détecter leur âge.
"Nous ne donnons pas l'âge d'un individu, mais si la personne est au-dessus ou en dessous d'un certain âge", insiste le dirigeant de Needemand, qui se vante d'une marge d'erreur de seulement deux mois alors qu'elle est, selon lui, d'un an et demi pour la vérification de l'âge par la reconnaissance faciale. Aussi, la méthode faciale "se trompe énormément" sur l'âge des personnes racisées.
Sa méthode est "universelle" car elle n'est pas liée à la morphologie, c'est-à-dire qu'elle ne repose pas sur la taille ou les rides de la main, ni sur les empreintes digitales. "De toute façon, on ne peut pas prendre les empreintes digitales car la caméra enregistre avec une trop faible définition. On se base exclusivement sur le mouvement de la main. Et si jamais vous présentez votre visage, l'application se coupe."
Comment ça marche ?
Concrètement, comment se déroule la vérification d'âge avec cette technologie qui filme la main ? Le test dure une trentaine de secondes : l'internaute présente sa main, les doigts serrés, puis va la bouger légèrement, écarter les doigts et réaliser deux gestes successifs ce qui permet, au final, de "reconstruire un modèle en 3D". Ces deux gestes sont, à chaque fois, différents, pour empêcher qu'un internaute ne puisse, à force, s'entraîner mais que des robots puissent reproduire les gestes.
Contactés par une grande marque de smartphones
"On est les premiers au monde à avoir réussi à le faire, assure le dirigeant de Needemand. Amazon a voulu mettre en place des systèmes de vente par reconnaissance de la forme de la main mais ça n'a pas marché parce qu'il y avait trop de variabilité." Travaillant depuis deux décennies dans le secteur de l'intelligence artificielle, Driss Benchakroune, qui se définit comme un "vieux de l'IA", dit avoir été contacté par tous les Gafam, et dernièrement par "l'un des plus grands fabricants de smartphones dans le monde".
Parmi les clients de Needemand, on retrouve la marque de films et d'accessoires pornographiques Dorcel en France, ainsi que Seeking, le deuxième site de rencontres à l'échelle mondiale, derrière son concurrent, Bumble. À l'étranger, la technologie a été vendue ou testée par le gouvernement australien, et des entreprises en Amérique latine, dont le Brésil, les États-Unis, le Canada, la Chine, certains pays africains ainsi que dans toute l'Europe
La start-up française se veut plus vertueuse que les sociétés utilisant la méthode faciale, et assure protéger l'anonymat. "On ne veut pas savoir qui vous êtes, on ne veut pas votre adresse IP. On veut juste savoir si vous êtes au-dessus ou en dessous d'un âge. Donner au site l'information que vous avez précisément 46 ans ou 19 ans, ça n'a aucun intérêt, estime Driss Benchakroune. On essaie vraiment de n'avoir aucune donnée, au point que nous avons les plus petits serveurs qui puissent exister sur le marché". Ainsi, il prétend également éviter la fuite ou le piratage de données personnelles.
"Il faut serrer la vis !"
Depuis janvier 2025, en France, les sites à caractère pornographique doivent obligatoirement vérifier que leurs visiteurs sont majeurs. Pour autant, ce n'est pas une aubaine pour la start-up française car ces sites "préfèrent fermer totalement", explique son dirigeant car la vérification de l'âge représente "une perte réelle d'argent. Au travers de la vérification par le visage ou avec les papiers d'identité, ils perdent jusqu'à 99 % de leurs visites." Surtout, ces sites ferment pour rouvrir sous d'autres noms, et ainsi contourner l'obligation légale de vérification d'âge.
Ainsi, Driss Benchakroune appelle à "se coordonner", par le biais d'une législation à l'échelle européenne. "Jusqu'à présent, la France a légiféré mais ce n'est pas suffisant. Il faut que tous les pays européens se mettent à vraiment mettre en place des amendes. Il faut serrer la vis !" L'Union européenne a présenté en avril dernier sa nouvelle application de vérification de l'âge des internautes.
Source : https://www.franceinfo.fr